Après
avoir examiné les terribles conséquences du kofr, voyons maintenant
ce que nous pouvons gagner en adoptant l'attitude de l’Islam.
Dans le monde qui vous
entoure, comme en vous-même, vous pouvez voir d'innombrables manifestations
du pouvoir divin. Cet univers grandiose, qui fonctionne de toute
éternité dans un ordre incomparable selon une loi immuable, témoigne
par lui-même que Celui qui l’a conçu est un Etre Tout-Puissant,
doué de puissance, de connaissance infinies, de ressources illimités,
dont la sagesse est parfaite, et Auquel nul n’ose désobéir. C’est
dans la nature même de l’homme, comme de toutes choses dans l’univers,
que de Lui obéir. En fait, l’homme obéit inconsciemment à Sa loi,
jour après jour, car en désobéissant il s’expose à la mort et à
l’anéantissement. C’est la loi de la nature que nous devons observer
constamment.
Dieu a donné à l’homme
la possibilité de s’instruire, de penser et de méditer, et la connaissance
du bien et du mal, mais Il lui a conféré en outre une relative liberté
de volonté et d’action. C’est dans l’exercice de cette liberté que
l’homme est mis à l’éprouves: son savoir, sa sagesse, son discernement,
sa liberté de volonté et d’action sont tous éprouvés. En cela, l’homme
n’a pas été obligé d’adopter une voie particulière, car cette obligation
fausserait le sens même de cette mise à l’éprouve. Si pendant un
examen, vous êtes obligé de donner une réponse donnée à une question
donnée, l’examen devient inutile. Votre mérite ne peut être convenablement
jugé que si vous pouvez répondre librement aux questions, selon
votre connaissance et votre compréhension personnelles. Si votre
réponse est correcte, vous aurez réussi, et vous pourrez continuer
à progresser. Si votre réponse est mauvaise, votre échec vous empêchera
de progresser; de même, en ce qui concerne la situation de l’homme
dans le monde. Dieu lui a donné la liberté de volonté et d’action,
de sorte qu’il puisse choisir librement le mode de vie qu’il estime
être le bon – l’Islam ou le kofr.
On trouve donc d’un
côté l’homme qui ne comprend ni sa propre nature, ni celle de l’univers.
Il ignore qui est son Maître véritable, et quels sont Ses attributs,
et utilisé mal sa liberté en prenant le chemin de la désobéissance
et de la rébellion. Un tel homme a échoué à l’examen de sa connaissance,
de son intelligence et de son sens du devoir, et ne mérite pas un
sort meilleur que celui discuté plus haut.
De l'autre côté, on
peut trouver celui qui sort vainqueur de cette mise à l'épreuve.
En utilisant correctement son savoir et son esprit, il reconnaît
son Créateur, a foi en Lui, et sans y être aucunement contraint
choisit de Lui obéir. Il sait distinguer le Bien du Mal, et bien
qu'il soit entièrement libre de ne pas le faire, il choisit le Bien.
Il comprend sa propre nature, se conforme à ses lois et à ses réalités,
et bien qu'il ait toute latitude de suivre n'importe quelle voie,
il adopte celle de l'obéissance et de la loyauté envers Dieu, son
Créateur. Il a surmonté l'épreuve, car il a convenablement utilisé
son esprit et toutes ses facultés ses yeux pour discerner la Réalité,
ses oreilles pour écouter la Vérité, son esprit pour concevoir de
saines opinions, et il met tout son cœur et tout son âme à suivre
la juste voie qu'il a ainsi choisie.
Il choisit la vérité,
voit la réalité, se soumet de son plein gré à son Seigneur et Maître.
C'est un homme intelligent, sincère, qui a le sens du devoir, qui
a opté pour la lumière plutôt que les ténèbres, et après avoir distingué
la réalité, a répondu à son appel avec enthousiasme. Sa conduite
prouve ainsi que non seulement il recherche la vérité, mais qu'il
sait la reconnaître et la chérir. Cet homme réussira dans ce monde
comme dans ce monde à venir car il a pris le Droit Chemin et ne
cessera de le suivre dans tous les domaines de la connaissance et
de l'action. Celui qui connaît Dieu et Ses attributs, connaît l'alpha
et l'oméga de la Réalité. Il ne pourra s'égarer car son premier
pas est sur la bonne route et il est sûr de la destination du voyage
de la vie.
Dans le domaine de
la philosophie, il méditera sur les secrets de l'univers et essayera
de sonder ses mystères, mais à l'inverse du. philosophe infidèle
(Kafir) il ne s'égarera pas dans le labyrinthe du doute et du scepticisme.
La Vision Divine éclairera sa route et dirigera ses pas dans la
bonne direction.
Dans le domaine de
la science, il tentera de connaître les lois de la nature, de découvrir
les trésors cachés de la terre, et de diriger toutes les forces
jusque-là ignorées de l'esprit et de la matière - tout cela pour
le mieux-être de l'humanité. Il essayera d'explorer toutes les avenues
du savoir et de la puissance, et de soumettre tout ce qui existe
sur terre et dans les cieux au profit de l'homme.
A chaque stade de sa
recherche, sa conscience de Dieu l'empêchera de faire un usage mauvais
et destructif de la science et des méthodes scientifiques.
Il ne songera même
pas à se vanter d'être le maître de ces forces, le conquérant de
la nature, s'arrogeant ainsi des prérogatives divines; ni à nourrir
des ambitions subversives sur l'univers, soumettant le genre humain
et établissant sa suprématie sur tous sans reculer devant les moyens
les plus vils. Une telle attitude de rébellion et de défi ne saurait
être celle d'un musulman - seul un savant Kafir peut être la proie
de telles illusions et, en y succombant, exposer le genre humain
tout entier aux dangers de la destruction totale et de l'anéantissement
[La situation est la même de nos jours. Le Dr Joad dit: "La science
nous a donné une puissance presque divine, mais pour nous servir
d'elle, nous n'avons que la mentalité d'écoliers ou do sauvages".
Le philosophe Bertrand Russel écrit: "D'une manière générale, nous
nous trouvons mêlés à une course entre l'habileté humaine en tant
que moyens, et la folle humaine en tant que buts: Toute augmentation
de l'habileté requise pour y parvenir est orientée vers le mal.
Le genre humain n'a survécu jusqu'à maintenant que grâce à l'ignorance
et à l'incompétence. Mais si le savoir et la compétence se combinent
à la folie, il ne peut plus y avoir de certitude de survie. La connaissance
est un pouvoir, mais c'est un pouvoir de bien autant que de mal
faire. Par conséquent, à moins que l'homme n'augmente en sagesse
autant qu'en connaissance, l'augmentation de la science ne fera
qu'accroître nos tribulations" (Bertrand Russel, Impact of Science
on Society, p. 120-21). Un autre brillant penseur a exprimé le même
paradoxe en ces termes: "On nous apprend à voler comme les oiseaux,
et à nager comme les poissons, mais nous ignorons toujours comment
vivre sur la terre" (cité par Joad dans Counter Attack from the
East, p. 28)].
Un savant musulman,
au contraire, se comportera tout à fait différemment. Plus il verra
clair dans le domaine de la science, plus sa foi en Dieu en sera
renforcée. Il courbera la tête devant Lui avec gratitude. Puisque
son Maître l'a béni en lui accordant un pouvoir et une science plus
grands, il devra œuvrer pour son propre bien et celui de l'humanité.
Au lieu d'être arrogant, il sera humble, au lieu de se griser de
sa propre puissance, il réalisera de grandes choses pour le bien
commun. Il ne s'abandonnera pas à une liberté effrénée. Il sera
guidé par les principes de la moralité et de la Révélation Divine.
Ainsi la science entre ses mains, au lieu de devenir un instrument
de destruction, deviendra un agent du bien-être des hommes et de
la régénération morale. Et c'est de cette manière qu'il exprimera
sa gratitude à son Maître pour les dons et les bénédictions qu'il
a répandus sur l'homme.
De môme dans le domaine
de l'histoire, de l'économie, de la politique, du droit, et de toutes
les autres branches des arts et des sciences: un musulman ne se
laissera pas distancer par un Kafir dans la recherche, mais leurs
points de vue, et par conséquent leurs "modus operandi", différeront
largement. Un musulman étudiera chaque branche de la connaissance
dans sa juste perspective, s'efforcera d'atteindre un juste objectif
et arrivera à de justes et saines conclusions. En histoire, il tirera
des leçons correctes des expériences passées, et découvrira les
causes véritables de la grandeur et de la décadence des civilisations.
Il essaiera de tirer profit de tout ce qui fut bon et juste dans
le passé, et évitera soigneusement tout ce qui avait conduit au
déclin et à l'écroulement des nations. En politique, son seul objectif
sera l'instauration d'un régime de paix, de justice, de fraternité
et de bien, où l'homme est un frère pour l'homme et respecte sa
qualité d'homme, où ne règne aucune forme d'exploitation ou d'esclavage,
où les droits de l'individu sont respectés, et où le pouvoir de
l'Etat est considéré comme un dépôt sacré de Dieu, qui doit être
utilisé pour le bien-être commun. En ce qui concerne le droit, le
musulman essaiera d'en faire l'instrument réel de la justice, pour
la protection des droits de tous - particulièrement des faibles.
Il veillera à ce que chacun reçoive la part qui lui est due, et
qu'aucune injustice ou oppression ne soit infligée à quiconque.
Il respectera la loi, la fera respecter et veillera à ce que la
justice soit rendue équitablement.
La vie morale d'un
musulman sera toujours empreinte de piété, de dévotion, de droiture.
Il vivra dans le monde avec la conviction que Dieu seul est notre
Maître à tous, que tout ce que lui-même et les autres peuvent posséder
leur a été donné par Dieu, que les pouvoirs dont il dispose ne sont
qu'un dépôt de Dieu, que la liberté qui lui a été conférée doit
être utilisée avec discernement et qu'il est de son propre intérêt
de s'en servir selon la Volonté Divine. Il gardera toujours présent
à l'esprit qu'il doit un jour retourner au Seigneur et lui rendre
compte de toute sa vie. Le sentiment de responsabilité restera toujours
fermement implanté dans son esprit et il ne se conduira jamais en
irresponsable et en insouciant.
Songez à l'excellence
morale de l'homme qui vit dans de telles dispositions. Sa vie sera
une vie de pureté, de piété, d'amour, d'altruisme. Il sera une bénédiction
pour l'humanité. Son esprit ne sera pas troublé par des pensées
mauvaises et des ambitions perverses. Il s'abstiendra de voir, d'entendre
et de faire le mal. Il maîtrisera sa langue et ne proférera jamais
de mensonge. Il gagnera sa vie de manière juste et honnête et préférera
la faim à une nourriture acquise par l'exploitation ou l'injustice.
Il ne sera jamais complice de l'oppression ou de la violation de
la vie humaine et de l'honneur, quelle qu'en soit la forme. Il ne
cédera jamais au mal, quel que soit le prix qu'il ait à payer pour
cela. Il sera la bonté et la noblesse même, et défendra le droit
et la vérité même au prix de sa propre vie. Il aura en horreur toutes
les formes d'injustice, et s'érigera en défenseur de la vérité,
que les adversités ne pourront abattre. Un tel homme sera un pouvoir
avec lequel il faut compter. Lui seul peut réussir car rien au monde
ne pourra l'arrêter ou entraver sa route.
Il sera l'homme le
plus honoré et le plus respecté et personne ne pourra le surpasser
dans ce domaine. Comment l'humiliation pourrait-elle atteindre un
homme qui, pour quémander une faveur, ne tend pas la main, ni ne
courbe la tête devant quiconque excepté Dieu Tout-Puissant, le souverain
du monde?
Il sera l'homme le
plus puissant et le plus efficace. Personne ne peut être plus puissant
que lui - car il ne craint personne sauf Dieu, et ne recherche des
bénédictions de personne que de Lui. Quel pouvoir pourrait le détourner
du Droit Chemin? Quelle richesse pourrait acheter sa foi? Quelle
force pourrait ronger sa conscience? Quel pouvoir pourrait influencer
son attitude?
Il sera l'homme le
plus riche. Personne au monde ne peut être plus riche ou plus indépendant
que lui - car il vivra une vie d'austérité, de contemplation. Il
ne sera pas sensuel, ou faible, ou cupide. Il se contentera de ce
qu'il gagne honnêtement, et même si des monceaux de richesses mal
acquis sont places devant lui, il les repoussera avec mépris. Il
aura la paix et le contentement du cœur - y a-t-il de richesse plus
grande que celle-là?
Il sera l'homme le
plus révéré, le plus aimé, le plus populaire. Personne ne peut être
plus digne d'amour que lui - car il vit une vie de charité et de
bonté. Il rendra justice à tous, accomplira ses fonctions honnêtement
et travaillera sincèrement pour le bien de tous. Il attirera tout
naturellement le cœur des gens, leur amour et leur estime. Tout
le monde l'honorera et lui fera confiance. Personne n'en est plus
digne que lui - car il n'est pas parjure, mais au contraire un modèle
de droiture, fidèle à sa parole et honnête dans ses actions. Il
sera bon et juste dans toutes ses affaires, car il sait que Dieu
est omniprésent, toujours vigilant. Il n'y a pas de mots pour décrire
tout le mérite d'un tel homme. Comment quelqu'un pourrait-il ne
pas lui faire confiance? Telle est la vie d'un véritable musulman.
Si vous avez compris
la véritable nature d'un musulman, vous serez convaincu qu'il ne
peut vivre dans l'humiliation, l'asservissement ou la soumission.
Il est destiné à devenir le maître, et aucune puissance terrestre
ne peut le dominer où le subjuguer. Car l’Islam lui inculque les
qualités qui ne sauraient être éclipsées par aucun charme ni aucune
illusion.
Et après avoir vécu
une vie respectable et honorable sur cette terre, il retournera
à son Créateur, qui répandra sur lui Ses bénédictions - car il a
accompli son devoir honorablement, rempli sa mission avec succès
et triomphé de la mise à l'épreuve. Il a réussi dans sa vie terrestre,
et connaîtra dans la vie ultérieure, la paix, la joie, la félicité
éternelles.
Voilà l’Islam, la religion naturelle
de l'homme, la religion qui n'est associée à aucune personne, peuple,
période ou endroit. C'est la voie de la nature, la religion de l'homme.
De tous temps, en tous lieux, et dans tous les peuples, tous ceux
qui reconnurent Dieu et aimèrent la vérité ont cru en cette religion
et s'y sont conformés. Ils furent tous des musulmans, qu'ils aient
appelé ce mode de vie Islam ou pas. Quel qu'en fût le nom, il signifiait
Islam, et Islam uniquement.
Par le Professeur Abou Al-A'ala Al-Mawdoudi.
Extrait du Livre: Comprendre l'Islam.