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C. Huda Dodge ‘Mon chemin vers l’islam’

Salam alaykom wa rahmatullah

Depuis que j’ai commencé à lire et à écrire dans ce newsgroup il y a quelques mois, j’ai constaté que beaucoup s’intéressent à ceux qui se convertissent (ou reviennent) à l’islam : comment approchent-ils l’islam ? Pourquoi cette croyance les attire-t-elle? Comment leur vie est-elle ébranlée lorsqu’ils entrent dans cette religion, etc. J’ai reçu beaucoup d’emails de personnes qui m’ont posé ces questions. J’espère inchaallah pouvoir expliquer ici comment une citoyenne américaine comme moi a pu se convertir à l’islam. Ce récit est long et je m’en excuse d’avance mais je ne pense pas que vous puissiez pleinement comprendre ce parcours en l’espace de quelques paragraphes. J’ai essayé de ne pas trop broder ni de prendre des tangentes. J’ai choisi, à certains endroits, de décrire de manière plus détaillée certains épisodes de ma vie afin de mieux expliquer mon parcours vers l’islam. Je n’ai bien entendu pas pu faire le récit de toute ma vie (et je n’ai d’ailleurs pas la prétention de vous raconter toute mon histoire – mais uniquement ce qui m’a semblé pertinent).

C’est avec intérêt que je regarde ma vie rétrospectivement pour découvrir que toutes les pièces du puzzle s’imbriquent parfaitement, qu’Allah m’a tracé cette route d’un bout à l’autre. Quand j’y repense, je ne peux m’empêcher de dire subhanallah, et de Le remercier pour ce que je suis devenue aujourd’hui par Sa grâce. Parfois, je me sens triste de ne pas être née dans l’islam et de ne pas avoir été musulmane toute ma vie. Bien que j’admire ceux qui ont eu la chance de naître musulmans, je les plains parfois de ne pas apprécier cette bénédiction. J’espère inchaallah qu’en lisant ce témoignage, vous pourrez comprendre, tout au moins, comment je suis devenue musulmane. J’espère inchaallah que ce récit sera digne du temps que vous y aurez consacré, que vous y puiserez certains éléments de réponse dans la da’wah ou que vous y trouverez simplement une source d’inspiration. Cette histoire est mon histoire mais je pense que beaucoup s’y reconnaîtront.

Je suis née à San Francisco, en Californie, et j’ai grandi dans la banlieue de la Bay Area. Ma petite ville natale (San Anselmo, dont la population était estimée, la dernière fois que j’ai vérifié, à 14000 habitants) était majoritairement constituée de blancs, chrétiens, issus de la classe moyenne. C’est une très belle région, juste au nord de San Francisco (de l’autre côté du Golden Gate Bridge), nichée dans une vallée à proximité des coteaux du Mont Tamalpais près de l’Océan Pacifique. Je connaissais tous mes voisins, je jouais au baseball dans la rue, attrapais les grenouilles dans les ruisseaux, faisais du cheval dans les collines et grimpais aux arbres dans la cour avant de notre maison. Mon père est presbytérien et ma mère catholique. Mon père n’a jamais vraiment fréquenté d’église mais ma mère essayait de nous élever dans la foi catholique. Parfois, elle nous emmenait à l’église, mais nous ne comprenions pas ce qui se passait. Les gens se levaient, s’asseyaient, s’agenouillaient, s’asseyaient à nouveau, se levaient et répétaient certaines paroles du prêtre. Chaque banc d’église avait un livret à disposition – une sorte de «guide» - dans lequel nous devions suivre les différentes étapes du service religieux (pour autant que nous ne nous endormions pas avant). J’ai été baptisée dans cette église et j’ai reçu ma Première Communion à l’âge de 8 ans (j’ai des photos mais je ne me souviens pas de grand-chose). Nous n’allions à l’église qu’une fois par an environ.

J’habitais dans une rue où se trouvait une quinzaine de maisons et qui se terminait en cul-de-sac. Mon école primaire se trouvait au bout de cette rue (4 maisons plus bas) à côté d’une petite église presbytérienne. J’étais âgée de 10 ans environ lorsque les gens de cette église m’ont invitée à participer aux jeux organisés pour les enfants à l’occasion de Noël. A partir de ce jour, tous les dimanches matins, j’y allais seule (aucun des autres membres de ma famille ne voulait m’accompagner). Toute la congrégation ne comptait que 30 personnes environ, tous plus âgés que moi (au-delà de la cinquantaine), mais ils étaient très gentils et ne m’ont jamais fait sentir que je n’étais pas à ma place. Il y avait environ 3 couples plus jeunes qui avaient des enfants plus jeunes que moi. Petit à petit, j’étais devenue très active dans cette église qui se trouvait au bas de ma rue. En sixième, j’ai commencé à faire du baby-sitting durant l’office religieux et je m’occupais des plus jeunes. En troisième, j’aidais la femme du pasteur à enseigner au catéchisme. En secondaire supérieur, j’ai fondé un groupe de jeunesse chrétienne en commençant par recruter quatre de mes amis. Nous n’étions qu’un petit groupe : moi, mes amis, un jeune couple et leurs enfants, mais nous étions satisfaits de ce nombre. La grande église presbytérienne du centre ville comptait, dans ses groupes de jeunesse, environ 100 enfants et organisait des voyages au Mexique… Mais notre groupe était heureux de se réunir pour étudier la Bible, parler de Dieu et collecter de l’argent pour les oeuvres caritatives.

Nous avions l’habitude, mes amis et moi, de nous réunir et de discuter de questions spirituelles. Nous parlions de ce tout ce qui pouvait nous traverser l’esprit : quel est le sort des gens qui ont existé avant Jésus Christ (iront-ils en enfer ou au paradis ?) ; pourquoi des gens très intègres iront-ils automatiquement en enfer ? Simplement parce qu’ils ne croient pas en Jésus ? (Nous pensions à Gandhi) ? Par ailleurs, pourquoi des individus très vils (comme le père de mon amie qui a abusé d’elle) triomphent-ils du paradis juste parce qu’ils sont chrétiens ; pourquoi un Dieu aimant et miséricordieux requière-t-il un sacrifice (celui de Jésus) pour expier les péchés des hommes ? Pourquoi sommes-nous responsables du péché originel d’Adam ? Pourquoi la Parole de Dieu (la Bible) conteste-t-elle les faits scientifiques ? Comment Jésus peut-il être Dieu ? Comment un seul Dieu peut-il être 3 choses différentes, etc. Malgré nos discussions, nous ne parvenions jamais à trouver des réponses très convaincantes. L’Eglise elle-même ne réussissait pas à y répondre ; elle se contentait de nous demander ‘d’avoir la foi’.

Les gens de l’église m’ont alors parlé d’une colonie de vacances presbytérienne en Californie du Nord. J’étais âgée de 10 ans lorsque je m’y suis rendue pour la première fois. Durant les sept années qui ont suivi, j’y suis allée chaque été. J’étais heureuse dans cette petite église que je fréquentais et en parfaite harmonie avec Dieu, sans confusion aucune. C’est là que ma foi s’est fortement consolidée. Nous passions la plus grande partie de notre temps à l’extérieur, nous jouions à différents jeux, faisions des travaux manuels, nagions, etc. C’était amusant, mais nous passions aussi quotidiennement du temps à l’extérieur pour prier, étudier la Bible, chanter des chansons spirituelles et ‘méditer dans le calme’. Ce sont ces moments de calme qui ont compté le plus pour moi et dont je garde les plus beaux souvenirs. La règle était qu’il fallait rester seul – à n’importe quel endroit de ce superbe campement qui s’étendait sur 200 acres. J’allais souvent dans une prairie ou je m’asseyais sur un pont au-dessus d’un ruisseau, simplement pour PENSER. J’observais tout ce qui m’entourait, le ruisseau, les arbres, les nuages, les insectes ☺– j’écoutais le ruissellement de l’eau, le pépiement des oiseaux et le chant des crickets. J’éprouvais un réel sentiment de quiétude à cet endroit, et j’admirais et remerciais Dieu pour Ses merveilleuses créations. Ce sentiment m’accompagnait lorsque je rentrais chez moi à la fin des vacances, chaque année. J’aimais passer du temps à l’extérieur, seule, simplement pour penser à Dieu, à la vie, et à ma place sur terre. J’étais arrivée à ma propre conception du rôle de Jésus comme guide et modèle et j’avais laissé derrière moi tous les enseignements ambigus de l’Eglise.

Je croyais (et continue de croire) à cet enseignement « aimes ton voisin comme toi-même », en donnant pleinement à son prochain sans espérer recevoir en retour, en traitant autrui de la manière avec laquelle on aimerait être traité. Je m’efforçais d’aider tous ceux que je pouvais aider. A l’âge de quatorze ans, j’ai eu mon premier emploi, dans un magasin de glace. Chaque mois, lorsque je recevais ma paie (plutôt modeste), je reversais les 25 premiers dollars à un programme appelé le « Foster Parents Plan » (son nom a aujourd’hui changé). Il s’agissait d’une oeuvre caritative qui mettait en relation des donateurs américains et des enfants nécessiteux vivant à l’étranger. Durant mes quatre années universitaires, j’ai été la marraine d’un jeune garçon égyptien qui s’appelait Shérif. Je lui envoyais une partie de mon salaire chaque mois et nous nous écrivions. (Il m’envoyait des lettres en arabe et quand je les relis aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il croyait écrire à un homme adulte, non à une fille de 5 ans son aînée.) Il avait 9 ans, avait perdu son père et sa mère, était malade et ne pouvait pas travailler. Il avait 2 frères plus jeunes que lui et une soeur de mon âge. Je me souviens d’une lettre qu’il m’avait envoyée alors que j’étais âgée de 16 ans – il était heureux parce que sa soeur s’était fiancée. Je me disais : « elle a le même âge que moi et elle est fiancée ! » Tout cela me semblait si étrange. Cette famille était la première famille musulmane que j’avais connue.

A côté de cela, je participais à d’autres activités universitaires. J’enseignais l’anglais à des étudiants d’Amérique centrale. J’aidais à recueillir des fonds pour les enfants d’une école au Nicaragua et pour des villageois du Kenya dans le cadre de l’action d’un groupe appelé le Students for Social Responsibility. Nous faisions campagne contre les armes nucléaires (notre plus grande crainte étant qu’une guerre nucléaire éclate). J’avais invité des étudiants français dans le cadre d’un programme d’échange étudiant à loger chez moi et j’avais des amis dans plusieurs pays (France, Allemagne, Suède, etc.). Durant ma première année universitaire, nous avions animé un groupe appelé Children of War - constitué de jeunes originaires d’Afrique du Sud, de la Bande de Gaza, du Guatemala et d’autre pays déchirés par la guerre, qui parcouraient le pays et chacun racontait son histoire et son rêve de paix. Deux d’entre eux habitaient chez moi – l’accompagnatrice du groupe originaire du Nicaragua, et un jeune homme d’Afrique du Sud. A la fin de ma première année universitaire, durant les vacances d’été, j’ai enseigné l’anglais en tant que bénévole à des femmes réfugiées à San Francisco (dans le quartier de Tenderloin). Fatima et Maysoon, deux veuves musulmanes originaires de Chine, faisaient partie de ma classe. C’était la deuxième fois que je rencontrais des musulmanes, mais nous ne parlions pas énormément (car leur anglais était rudimentaire). Elles ne faisaient que rire à longueur de journée.

Toutes ces expériences m’avaient mise en contact avec le monde extérieur et m’avaient conduite à apprécier les individus issus d’horizons divers. J’avais développé un intérêt profond pour deux choses : la foi en Dieu, et les relations avec des personnes issues d’autres pays. En quittant la maison pour entreprendre mes études à l’université de Portland, en Oregon, j’avais gardé en moi ces deux pôles d’intérêt. Au Lewis & Clark College, j’ai entrepris l’étude de langues étrangères (français, espagnol) afin de pouvoir un jour travailler avec des réfugiés ou enseigner l’anglais comme seconde langue. Dans la résidence universitaire, deux filles partageaient ma chambre, une originaire de Californie (qui avait grandi à 10 mn de l’endroit où j’habitais) et une femme japonaise âgée de 29 ans (arrivée dans le cadre d’un programme d’échange étudiant). J’avais 17 ans. Je ne connaissais personne d’autre à l’université et j’essayais donc de participer à des activités pour élargir mon cercle de connaissances. J’avais choisi de faire partie de deux groupes qui partageaient mes centres d’intérêt : le Campus Crusade for Christ (clairement un groupe chrétien) et le Conversation Groups (où des américains et des étudiants étrangers se réunissent pour pratiquer l’anglais).

Au cours du premier trimestre, j’avais fait la connaissance des étudiants du Campus Crusade. Quelques-uns d’entre eux étaient très sympathiques, avaient bon coeur mais la plupart étaient prétentieux. Nous nous réunissions chaque semaine pour écouter ‘des témoignages personnels’, chanter des chansons, etc. Chaque semaine, nous visitions une église différente dans la région de Portland. La plupart des églises étaient très différentes de toutes celles que j’avais eu coutume de voir. C’est en visitant pour la dernière fois une église dans le sud-est que j’ai été déstabilisée au point de ne plus assister aux réunions du Crusade. Il y avait un groupe de rock dans cette église avec des guitares électriques et les gens agitaient leurs mains (au-dessus de leurs têtes en fermant les yeux) et chantaient « alléluia». Je n’avais jamais rien vu de semblable. Aujourd’hui, je vois à la télévision des choses de ce genre, mais j’étais troublée d’y avoir assisté dans une très petite église presbytérienne. D’autres dans le Campus Crusade aimaient cette église et continuaient de s’y rendre. L’atmosphère semblait être à mille lieux de l’adoration de Dieu, et je ne voulais plus y retourner.

Je me sentais toujours plus proche de Dieu lorsque j’étais dans un endroit calme et/ou à l’extérieur. Je me promenais dans le campus (celui du Lewis & Clark College est splendide !), m’asseyait sur des bancs pour admirer le Mount Hood et les arbres qui changeaient de couleur. Je me souviens d’un jour où je me promenais dans la chapelle du campus – un petit immeuble circulaire niché entre les arbres. Tout était beau de simplicité. Les bancs d’église étaient disposés en cercle au centre de la chapelle et un énorme orgue était accroché au milieu du plafond. Pas d’autel, ni de croix ni de statue - rien. Juste quelques bancs en bois simples et un orgue. J’ai passé beaucoup de temps durant le reste de l’année dans cet édifice à écouter l’organiste ou simplement à m’isoler dans le calme pour penser. Je m’y sentais plus à l’aise et plus proche de Dieu que dans n’importe quel autre endroit que j’avais connu auparavant.

Durant cette période, j’ai également été en contact avec un groupe d’étudiants de différents pays dans le cadre du programme Conversation Group. Nous étions cinq dans ce groupe : moi, un homme et une femme originaires du Japon, un italien et un palestinien. Nous déjeunions ensemble deux fois par semaine pour pratiquer l’anglais. Nous parlions de nos familles, de nos études, de notre enfance, de nos différences culturelles, etc. Lorsque j’écoutais le palestinien (Faris) parler de sa vie, de sa famille, de sa foi, etc., je me sentais irritée. Je repensais à Sherif, à Fatima et à Maysoon, les seuls autres musulmans que j’avais rencontrés avant lui. Avant de le connaître, je considérais leurs croyances, leur mode de vie comme étrangers, voire étranges. Je ne m’étais jamais souciée de comprendre leurs convictions religieuses en raison de cette barrière culturelle. Mais plus je m’intéressais à l’islam, plus je l’envisageais comme une réponse au sens de ma propre existence.

Le groupe de conversation s’est dissous durant le second trimestre et les étudiants internationaux ont été transférés dans d’autres facultés. Mais je n’arrêtais pas de repenser aux discussions que nous avions eues. Le semestre suivant, je me suis inscrite à un cours d’introduction à l’islam dans le département d’études religieuses. Ce cours avait fait resurgir toutes mes interrogations sur le christianisme. En étudiant l’islam, je trouvais une réponse à toutes mes questions. Nous ne portons pas tous la responsabilité du péché originel d’Adam. Adam a demandé à Dieu de lui pardonner et notre Dieu Pardonneur et Miséricordieux l’a entendu. Dieu n’a pas besoin d’un sacrifice humain pour expier un péché. Nous devons sincèrement implorer Son pardon et amender notre comportement. Jésus n’était pas Dieu mais un prophète comme tous les autres ; tous ont enseigné le seul et même message : croire en l’Unicité de Dieu, se soumettre à Lui exclusivement et vivre avec droiture selon ce qu’Il a prescrit. Ce message apportait la réponse à toutes mes questions sur la Trinité et la nature de Jésus (entièrement Dieu, entièrement homme ou les deux à la fois). Dieu est parfait et juste; il nous châtiera ou nous récompensera selon notre foi et notre droiture. J’avais trouvé un enseignement qui replaçait tout dans sa juste perspective et touchait mon coeur et mon esprit. Tout semblait naturel, évident. Je n’avais cessé de chercher la vérité et j’avais enfin trouvé une voie dans laquelle ma foi pouvait trouver refuge.

L’été en question, je suis retournée chez moi dans la Bay Area et j’ai poursuivi mon étude de l’islam. J’empruntais des livres de la bibliothèque et parlais avec des amis. Ils étaient dans une quête spirituelle aussi profonde que la mienne et étaient également à la recherche de la vérité (la plupart d’entre eux s’étaient tournés vers les religions orientales, en particulier le bouddhisme). Ils comprenaient mon parcours et étaient heureux que je puisse croire en quelque chose. Ils m’interrogeaient toutefois sur la manière dont l’islam pouvait influencer mon mode de vie : en tant que femme, en tant que californienne libérale ☺ et dans ma relation avec ma famille, etc. Je continuais à étudier l’islam, priais et poursuivais ma quête spirituelle dans l’espoir de savoir si j’étais réellement en paix avec ce modèle de croyances. Je voulais savoir s’il existait un centre islamique dans ma région, mais le plus proche se trouvait à San Francisco et je n’avais jamais visité cette ville (je n’avais pas de voiture et les horaires des bus ne me convenaient pas étant donné mon emploi du temps professionnel). J’avais continué seule ma quête de la vérité. Nous en discutions en famille lorsque l’occasion se présentait. Je me souviens d’un jour en particulier où nous regardions tous un programme télévisé sur les Eskimos. Ils disaient que les Eskimos emploient plus de 200 mots différents pour désigner la ‘neige’ parce qu’elle occupe une place importante dans leur vie. Plus tard dans la soirée, nous avions parlé de la manière dont certaines langues possèdent plusieurs synonymes pour désigner une seule et même chose selon l’importance de cette chose dans leur culture. Mon père avait alors répondu que les Américains emploient plusieurs mots synonymes d’‘argent’ (argent, fric, pognon, etc.). Je lui avais alors répondu : « tu sais, les musulmans ont 99 mots pour désigner Dieu – je suppose que parce que c’est ce qui compte pour eux. »

Je suis retournée au Lewis & Clerk College à la fin de l’été. La première chose que j’ai faite a été de contacter la mosquée dans le sud-ouest de Portland. J’avais demandé de parler à une femme et ils m’avaient communiqué le numéro de téléphone d’une soeur musulmane américaine. Je lui avais rendu visité le même jour. Après une courte discussion, je m’étais rendue compte que j’étais déjà musulmane. Je lui ai dit que je souhaitais seulement rencontrer quelques femmes pour pouvoir apprendre les détails pratiques de l’islam. Par exemple, la manière de prier. Je l’avais lu dans des livres, mais cela ne suffisait pas à mettre correctement en pratique ce qui y était décrit. Je faisais des essais, priais en anglais, mais je savais que je me trompais. La jeune femme m’avait invité la même soirée à une aqiqa (dîner organisé à l’occasion de la naissance d’un enfant). Elle était venue me chercher et nous nous y étions rendues ensemble. Je me sentais tellement à l’aise avec toutes ces soeurs musulmanes et elles avaient été très aimables avec moi durant cette soirée. J’ai prononcé la chahada, en présence de quelques femmes. Elles m’ont appris la manière de prier. Elles m’ont parlé de leur propre foi (beaucoup d’entre elles étaient aussi américaines). En repartant cette nuit là, j’avais eu l’impression de renaître.

J’habitais toujours dans une résidence universitaire et j’étais très isolée de la communauté musulmane. Je devais prendre deux bus pour pouvoir me rendre dans la région où se trouvait la mosquée (et où la plupart des femmes vivaient). Très vite, j’ai perdu tout contact avec les femmes que j’avais rencontrées et j’ai été amenée à ne compter que sur moi-même pour grandir en pratique durant mes études universitaires. J’avais essayé à plusieurs reprises d’aller à la mosquée mais les horaires ne me convenaient pas. Je m’étais à quelques occasions rendue à la bibliothèque pour emprunter des livres mais je n’avais croisé que des hommes dans tout le bâtiment. Un jour, j’avais décidé d’assister à ma première prière du Jumaa mais pour une raison ou une autre je n’avais pas pu m’y rendre. Pus tard, j’avais entendu dire que les femmes ne se réunissaient qu’un jour par semaine (le samedi après-midi) et que je ne pouvais y aller à un autre moment. J’étais découragée et perdue, mais ma foi était intacte et j’apprenais seule.

Six mois après avoir prononcé la chahada, j’accomplissais mon premier ramadan. J’avais envisagé de porter le hijab mais j’avais trop peur de franchir le cap. J’avais déjà commencé à m’habiller de manière plus décente et portais habituellement un foulard sur les épaules (lorsque je rendais visite à ma soeur musulmane américaine,
elle me disait : « tout ce qu’il te reste à faire est de déplacer le foulard des épaules à la tête, et tu seras vêtue selon la loi islamique). Au début, je ne me sentais pas prête à porter le hijab parce que ma foi était encore vacillante. Je comprenais le sens du voile, en étais convaincue et admirais les femmes qui le portaient. Elles avaient l’air si pieuses et nobles, mais je savais qu’en le portant, les gens ne cesseraient de me poser des questions et je ne me sentais pas assez forte pour pouvoir y faire face. Ce sentiment a changé à l’approche du mois de ramadan et au premier jour de ce mois, je me suis réveillée et j’ai assisté aux cours avec le hijab. Alhamdoullillah. Depuis lors, je ne l’ai jamais retiré. Le mois de ramadan m’a donné cette force et cette fierté d’être musulmane. Je me sentais prête à répondre à toutes les questions qui pouvaient m’être posées.

Mais je me sentais quand même seule et isolée durant ce premier ramadan. Personne dans la communauté musulmane ne s’était donné la peine de m’appeler. J’étais inscrite à un plan-repas à la faculté et je devais donc m’arranger pour recevoir mes repas selon un aménagement spécial (la cantine était fermée durant les heures où je pouvais manger). L’université avait accepté de me préparer des sachets repas. Donc, tous les jours, peu avant le coucher du soleil, je sortais de ma chambre, me rendais à la cuisine universitaire et me dirigeais vers les deux énormes réfrigérateurs pour prendre mes deux sachets repas (un pour le fotour, l’autre pour le sohour). Je rentrais chez moi avec les deux sachets et mangeais seule. Le repas était toujours le même : un yaourt, un fruit, des cookies et soit un sandwich au thon soit un sandwich avec des oeufs et des crudités. Les deux repas étaient absolument identiques durant tout le mois de ramadan. J’étais seule mais en même temps je n’avais jamais éprouvé un tel sentiment de paix intérieur.

J’ai annoncé à ma famille ma conversion à l’islam. Ils n’en ont pas été surpris. D’une certaine manière, ils s’y attendaient étant donné mon comportement et mes propos lorsque j’étais retournée chez moi durant ces vacances d’été. Ils ont accepté ma décision et savaient que j’étais sincère. Même avant ma conversion, ma famille avait toujours accepté les activités dans lesquelles je m’étais impliquée et ma foi profonde, même s’ils ne partageaient pas mes convictions. Ce n’est que lorsque j’ai commencé à porter le hijab qu’ils n’ont plus fait preuve d’autant d’ouverture d’esprit. Ils craignaient que je m’isole de la société, que je sois persécutée, que je ne puisse atteindre mes objectifs et ils étaient gênés en ma présence. Ils pensaient que le port du hijab était un comportement trop radical. Ils ne refusaient pas mon choix spirituel, mais ils ne voulaient pas qu’il affecte ma vie sociale. Ils ont été plus peinés lorsque j’ai décidé de me marier. A cette époque, j’avais repris contact avec Faris, le palestinien musulman de mon groupe de conversation, celui qui avait le premier suscité mon intérêt pour l’islam. Il vivait toujours dans la région de Portland et allait à la faculté. Nous avions recommencé à nous revoir, soit pour le déjeuner, soit à la bibliothèque ou chez son frère, etc. Nous nous sommes mariés l’été suivant (après ma deuxième année d’études, un an après ma chahada). Ma famille ne pouvait y croire. Ils ne s’étaient pas encore tout à fait remis de mon hijab, et voilà que je revenais avec autre chose. Ils me disaient que j’étais trop jeune, craignaient que je ne renonce à mes objectifs, cesse les cours, devienne une jeune mère, et détruise ma vie. Ils appréciaient mon mari mais ils se méfiaient de lui au début (ils pensaient qu’il voulait obtenir un permis de travail). Les relations sont devenues très tendues avec ma famille durant plusieurs mois et je craignais que la situation ne soit plus jamais à l’apaisement.

Cette histoire remonte à trois ans et beaucoup de choses ont à présent changé. Faris et moi avons déménagé à Corvallis, en Oregon, où se trouve l’Oregon State University. Nous vivons au sein d’une communauté musulmane très soudée et forte. J’ai terminé avec grande distinction mes études universitaires en développement infantile l’année dernière. J’ai occupé plusieurs postes, de secrétaire à institutrice dans l’enseignement préscolaire, sans que mon hijab n’ait jamais constitué un frein. Je suis active au sein de la communauté et travaille toujours en tant que bénévole. Mon mari terminera inchaallah ses études d’ingénieur en électricité cette année. Nous rendons visite à ma famille plusieurs fois par an. J’ai fait la connaissance des parents de Faris cet été et nous nous entendons très bien. J’ajoute progressivement l’arabe à la liste des langues que je parle. Ma famille a pu observer tous ces changements et se rendre compte que je n’ai pas détruit ma vie. Ils ont compris que l’islam m’avait apporté le bonheur, aucune douleur ni tristesse. Ils sont fiers de ce que j’ai pu réaliser et peuvent réellement constater combien je suis heureuse et en paix. Notre relation est redevenue normale et ils attendent avec impatience notre visite le mois prochain, inchaallah.

Rétrospectivement, je suis pleinement redevable à Allah de m’avoir guidée tout le long de mon parcours et d’avoir fait de moi ce que je suis devenue aujourd’hui. Je me sens réellement bénie. Toutes les pièces de ma vie semblent enfin se rassembler harmonieusement dans une structure homogène – celle de la route vers l’islam.

Alhamdoullillah rabil’alamin.

Votre soeur dans la foi
C. Hoda Dodge

« Dis : « Parcourez la terre et regardez ce qu’il est advenu de ceux qui traitaient la vérité de mensonge.» » (Coran 6 :11)


Extrait du livre: Pourquoi ont-ils choisi l'islam?

 

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