Résumé
:
L'olivier (Olea europea L), est une
espèce largement cultivée dans le bassin méditerranéen
depuis la plus haute antiquité. L'utilisation la plus connue
de l'olivier est sans nul doute son huile reconnue et utilisée
en médecine populaire pour ses vertus cholagogues, sédatives
et anti-inflammatoires. Toutefois, les propriétés
médicinales de l'olivier sont surtout attribuées à
ses feuilles qui font actuellement l'objet de recherches dans le
vaste domaine de la médecine et de la pharmacologie. L'innocuité
et l'efficacité de ces feuilles, font de l'olivier un traitement
préventif et curatif de l'hypertension artérielle
et du diabète non insulino-dépendant tout en ayant
un effet bénéfique et hautement renforçateur
sur le système immunitaire. Les feuilles constituent la partie
active grâce à la présence de plusieurs sécoiridoïdes
dont le constituant majeur est l'oleuropéine (60 à
90 mg/g matière sèche). L'oleuropéine est un
antioxydant puissant doué de propriétés antiseptiques
contre les bactéries néfastes, les virus, les champignons
et divers types de parasites. La prescription des feuilles d'olivier
en phytothérapie peut revêtir deux formes principales,
soit des feuilles à l'état naturel (infusion, décoction
de feuilles séchées) soit des préparations
tendant toutes à l'extraction et à la conservation
des principes actifs des feuilles. En Tunisie, ces préparations
pharmaceutiques sont surtout importées de l'étranger
malgré les quantités importantes de feuilles générées
de la taille des oliviers (25 kg de feuilles et brindilles /arbre
/an).
L’objectif de cette étude
est de contribuer à la valorisation de ces ressources végétales
nationales. Dans cette communication, nous cherchons à donner
un aperçu général sur les vertus médicinales
et thérapeutiques des feuilles d'olivier et sur les différentes
méthodes permettant de préserver et de valoriser leurs
principes actifs.
Introduction
:
L’olivier, arbre originaire
des régions méditérrannéennes, est classé
dans la famille des oléacées. Le genre est appelé
Olea et comporte 30 espèces différentes réparties
à la surface du globe. L’espèce cultivée
dans le monde méditerranéen est l’ Olea europea,
dans laquelle on rencontre l’oléastre ou olivier sauvage
et l’olivier cultivé (Olea europea sativa) (Blazquez,
1997).
Dans la culture arabo-musulmane,
l’olivier est un arbre particulier. Il fait parti des arbres
cités dans le coran et à ce titre, il est l’objet
d’un respect d’autant plus que ses vertus déjà
signalées dans le coran sont approuvées par des études
scientifiques.
{Allah est la Lumière des cieux et
de la terre. Sa lumière est semblable à une niche
où se trouve une lampe. La lampe est dans un (récipient
de) cristal et celui-ci ressemble à un astre de grand éclat;
son combustible vient d'un arbre béni: un olivier ni oriental
ni occidental dont l'huile semble éclairer sans même
que le feu la touche. Lumière sur lumière. Allah guide
vers Sa lumière qui Il veut. Allah propose aux hommes des
paraboles et Allah est Omniscient} [24:35].

{Par le figuier et l'olivier! (2) Et par le
Mont Sinin! (3) Et par cette Cité sûre! (4) Nous avons
certes créé l'homme dans la forme la plus parfaite
(5) Ensuite, Nous l'avons ramené au niveau le plus bas, (6)
sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes oeuvres: ceux-là
auront une récompense jamais interrompue (7) Après
cela, qu'est-ce qui te fait traiter la rétribution de mensonge?
(8) Allah n'est-Il pas le plus sage des Juges?} [95 : Le
Figuier (Attine)].
L’olivier cultivé, dont
la taille avoisine 10 mètres, se reconnaît facilement
à l’aspect tortueux de son tronc gris, crevassé
et de ses nombreux rameaux portant des feuilles persistantes. L’aspect
général est celui d’un arbre toujours vert dont
les dimensions et les formes sont extrêmement variables.
Les feuilles sont en effet, persistantes
et ont une durée de vie de l’ordre de 3 ans. Elles
sont disposées de façon opposée sur le rameau,
leur face supérieure est d’un vert foncé, la
face inférieure présente un aspect argenté.
Les fleurs de l’olivier possèdent une corolle blanche,
leur fruit oléagineux est ovoïde vert et devient noir
à maturité (Bezanger-Beauquesne et al., 1980).
En Tunisie, l’olivier joue
un rôle économique et social important puisque la culture
de l'olivier occupe 1,5 millions d'hectares pour une production
de 0,5 millions de tonnes d'olives. La Tunisie est classée
au premier rang mondial concernant la part des terres cultivées
consacrées aux oliviers.
La production de l’huile d’olive
génère deux résidus, l’un liquide (les
margines) et l’autre solide (les grignons). De plus, l’olivier
à travers la taille (annuelle, bisannuelle, de rajeunissement…),
engendre en moyenne 25 kg de feuilles et brindilles/arbre/an. La
valorisation de ces résidus est devenue une nécessité
pour éviter une pollution de plus en plus sérieuse,
et contribuer à améliorer la rentabilité du
secteur oléicole (Nefzaoui, 1985).
Les résidus de la taille peuvent
avoir des applications nombreuses car en plus de leur utilisation
en alimentation animale, ils peuvent être utilisés
en phytothérapie humaine ou encore constituer une matière
première pour l’industrie de cosmétique et de
pharmacie à travers la récupération de composants
à haute valeur ajoutée (antioxydants, extraits de
feuilles…).
Principaux
constituants des feuilles d’olivier et leurs propriétés
:
Le tableau 1 présente les
principaux constituants des feuilles d’olivier (oleuropéosides,
acides terpéniques, flavonoïdes, choline…) ainsi
que leurs propriétés biologiques et thérapeutiques.
L’activité hypoglycémiante
représente la propriété la plus importante
des feuilles d’olivier. Cette activité est due à
une conjugaison de plusieurs principes actifs qui agissent en synergie
:
- La choline : qui est un précurseur de l’acétylcholine, médiateur
chimique qui dilate les vaisseaux sanguins et provoque une hypotension.
- L’oleuropéine
: sécoiridoïde,
présent en plus grande quantité dans les jeunes feuilles
d’olivier. Toutefois, l’action hypotensive est plus
importante avec un extrait total de feuilles d’olivier qu’avec
l’oleuropéine administrée seule (Tessier, 1994).
Gonzalez (1992) a constaté
que les feuilles d’olivier ont des propriétés
hypoglycémiantes grâce à la présence
de l’oleuropéine qui agit par deux voies : la potentialisation
de l’action de l’insuline et la diminution du taux de
glucose dans le sang.
D’autres constituants peuvent
intervenir dans cette propriété hypoglycémiante
comme l’acide oléanolique et triterpénique présent
également dans le fruit.
Une étude récente réalisée
par De Pascale (1991) a révélé que les extraits
hydro-alcooliques des feuilles d’Olea europea et d’oleuropéine
réduisent l’hypercholestérolémie et l’hyperlipidémie.
D’après cette étude, l’action sur le métabolisme
du cholestérol apparaît 18 heures après l’ingestion
de cet extrait; c'est-à-dire une fois que la synthèse
du cholestérol hépatique est commencée. L’action
de l’oleuropéine doit être conjuguée à
d’autres principes actifs de la plante et notamment les acides
gras.
Tableau
1 : Principaux constituants des feuilles d’olivier et leurs
propriétés (D’après Tessier,
1994)
| Composant |
Principales
propriétés |
Composant |
Principales
propriétés |
| POLYPRENYLQUINONE
a-tocophérol (2,2 %) |
Antioxydante |
ACIDES
TERPÉNIQUES
Acide
oléanolique |
Cytotoxique
Hypoglycémiante
Antiulcère |
| FLAVONOIDES
Lutéoline
Olivine |
Anti-inflammatoire
Antivirale
Antibactérienne
Antioxydante
Immunostimulante
Inhibitrice de l'histamine
Action antimutagène
Antiarythmique |
ALCALOIDES
- Cinchonine
- Cinchonidine
MANNITOL
CHOLINE |
Dépresseur
du système nerveux central
Diurétique
Facteur lipotrope
Biosynthèse de l’acétylcholine |
| HETEROSIDES
TERPENIQUES
Sécoiridoides
Oleuropéoside |
Hypotensive
Hypoglycémiante
Coronodilatatrice
Antiarythmique
Spasmolytique
Hypocholestérolémiante
Antiseptique |
OESTRONE
ou
Folliculine
TANINS |
Action oestrogénique |
L’olivier a une légère
action diurétique qui peut être attribuée à
la présence de mannitol qui agit par dilution du sodium interstitiel
(Schmitt, 1980).
La présence d’oestrone
ou folliculine donne une action oestrogénique, action qui
peut être inhibée par la présence d’acide
oléanolique.
Tessier (1994) a signalé la
présence dans la feuille d’olivier, de plusieurs alcaloïdes
du quinquina : cinchonine, cinchonidine…, de flavonoïdes
tels que les lutéolines, l’olivine et leurs glucosides
et d’ a-tocophérol. Ces composés présentent
des propriétés antioxydantes intéressantes.
Procédés
de conservation et de transformation des feuilles d’olivier
:
Le tableau 2 résume les principaux
procédés de conservation et de transformation des
feuilles d’olivier, les avantages et les inconvénients
qu’ils présentent ainsi que les produits obtenus et
qui peuvent être commercialisés.
Tableau
2 : Principaux procédés de conservation et de transformation
des feuilles d’olivier
Procédé |
Avantages |
Inconvénients |
Produits
obtenus |
Procédés
chimiques |
| Dissolution extractive
dans un ou plusieurs solvants |
-Bonne conservation dans les
solvants antiseptiques (alcool)
-
Facilité d’emploi et de prescription |
-Dilution du principe actif
-Présence parfois indésirable
du solvant d’extraction |
Les alcoolés: teintures mères, extraits fluides, extraits
secs, macérâts glycérinés.
Les hydrolés: infusion, décoction
Digestés huileux |
| Ajout d’excipients
inertes à la solution extractive |
-Absence de traitement thermique
-Produits sans alcool ni sucre |
|
Sphéroïdes médicamenteux |
Procédés
physiques |
Séchage convectif
Séchage à
pulvérisation (atomisation) |
-Contrôle des paramètres
de séchage
-Économique |
-Risque de dégradation
des principes actifs par la chaleur |
Feuilles sèches (1)
Poudre végétale (1)
Extraits mous (2)
Extraits fermes (2)
Extraits secs (2)
Nébulisâts (2) |
| Évaporation sous
vide |
-Évite au maximum l’action
oxydante de l’air |
|
Extraits fluides (2) |
| Micro-ondes |
-Conservation des propriétés
organoleptiques |
|
Feuilles sèches (1)
Extraits fluides (2) |
| Lyophilisation |
-Préservation des tissus
végétaux |
-Temps de séchage long
-Coût élevé |
Feuilles sèches (1)
Comprimés lyophilisés (2) |
(1) Procédés appliqués
aux feuilles fraîches, (2) procédés appliqués
aux solutions extractives.
Ces procédés peuvent
être classés en :
procédés
chimiques : ces procédés consistent à dissoudre
les principes actifs des feuilles d’olivier dans un ou plusieurs
solvants (alcool, huile..) et à ajouter ou non des excipients
inertes à ces solutions extractives.
procédés
physiques : le but de ces procédés est de concentrer
les solutions extractives obtenues par les procédés
chimiques ou bien de sécher les feuilles entières
d’olivier avant leur utilisation en infusion ou en décoction.
Etude
préliminaire : caractérisation physico-chimique des
feuilles d’olivier :
L’étude bibliographique
montre que les feuilles d’olivier présentent une matière
végétale riche en composants actifs pouvant avoir
plusieurs applications pharmaceutiques et thérapeutiques.
Afin de pouvoir valoriser ces feuilles et chercher les moyens de
leur conservation, il est nécessaire de les caractériser.
Le tableau 3 présente les résultats expérimentaux
préliminaires (matière sèche, matière
grasse, matière minérale) pour 4 variétés
tunisiennes de feuilles d’olivier (chemlali, zarrazi, chétoui
et chemchali).
Tableau
3 : Composition chimique de 4 variétés tunisiennes
de feuilles d’olivier
| Composant en g/100g
de feuilles humides (%) |
Méthodes
d’analyse |
Variété |
| Chemlali |
Zarrazi |
Chétoui |
Chemchali |
| Matière sèche |
AOAC (1990) |
91,20 |
88,32 |
81,71 |
91,02 |
| Matière grasse |
Méthode soxhlet |
3,29 |
3,50 |
4,24 |
3,60 |
| Matière minérale |
Incinération à
550 ° C |
8,47 |
9,82 |
8,05 |
6,60 |
| Na + |
Photomètre à flamme |
0,026 |
0,021 |
0,025 |
0,021 |
| K + |
Photomètre à flamme |
0,700 |
0,350 |
0,675 |
0,475 |
| Mg 2+ |
Photomètre à flamme |
0,341 |
0,483 |
0,125 |
0,332 |
Les variétés chemlali
et chemchali sont moins humides que les autres variétés
puisque la matière sèche se situe au voisinage de
91 % (g/100g de feuilles humides). Les teneurs en matières
grasses et en matières minérales varient respectivement
de 3,29 - 4,24 % et de 6,6 - 9,82 % (g/100g de feuilles humides).
Nous observons également que les feuilles d’olivier
sont plus riches en potassium qu’en sodium et magnésium.
Conclusion
:
Cette étude a révélé
la richesse des feuilles d’oliviers en composants actifs (oleuropéine,
acide oléanolique, flavonoïdes..) connus pour leurs
propriétés biologiques et thérapeutiques intéressantes.
Des analyses visant la caractérisation quantitative et qualitative
de ces principes actifs dans des feuilles d’olivier d’origine
tunisienne sont en cours de réalisation. Une réflexion
s’avère nécessaire pour choisir le moyen de
conservation et de transformation le plus adéquat pour la
préservation de ces principes actifs.
Remerciements
:
Nos remerciements s’adressent
au personnel de l’Institut de l’Olivier de Sfax (Tunisie)
pour leur collaboration et leur soutien.
Références
bibliographiques :
Bezanger-Beauquesne L., Pinkas M.,
Torck M. et Trotin F. Plantes médicinales des régions
tempérées, éditions Maloine S.A., (1980), page
263.
Blazquez J. Encyclopédie mondiale
de l’olivier. Conseil oléicole international, éditions
EGEDSA, (1997), pp 61-62.
De Pascale R. Plantes médicinales
et phytothérapie, Tome 25, (1991), pp 134-140.
Gonzalez M., hypoglycemic activity
of olive leaf. Planta medica, volume 58 (1992), pp 417- 419.
Nefzaoui A. Thèse de doctorat,
université catholique de Louvain, (1985).
Schmitt H. Eléments de pharmacologie,
édition Flammarion, (1980).
Tessier A., phytothérapie
analytique, phytochimie et pharmacologie, éditions Marc-Aurèle,
(1994), pages 208-209.
Par : BAHLOUL Neila,
BOUDHRIOUA Nourhène, GHARSALLAH Néji, KOUHILA Mohammed,
KECHAOU Nabil.