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Les meilleures méthodes à suivre pour interpréter le Saint Coran

La meilleure méthode à suivre consiste à interpréter le Coran par le Coran, car ce qui est sommairement exposé dans un endroit, est bien détaillé dans un autre; et ce qui est dit brièvement dans un endroit, se trouve circonstancié dans un autre. Si vous trouvez ceci pénible, référez-vous donc à la Sounna, car elle explique le Coran et l'explicite; au point que l'imam Abou `Abd-Allah Muhammad ibn 'Idris Achafi`î a dit: "Tous les jugements qu'a émis l'Envoyé d'Allah (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) reposent sur ce qu'il avait compris du Coran". Allah, l'Exalté, dit: {Nous avons fait descendre vers toi le Livre avec la vérité, pour que tu juges entre les gens, selon ce qu'Allah t'a appris. Et ne te fais pas l'avocat des traîtres} [Annissa': 105] ; {...Et vers toi, Nous avons fait descendre le Coran, pour que tu exposes clairement aux gens ce qu'on a fait descendre pour eux et afin qu'ils réfléchissent} [Annahl: 44] ; {Et Nous n'avons fait descendre sur toi le Livre qu'afin que tu leur montres clairement le motif de leur dissension, de même qu'un guide et une miséricorde pour des gens croyants} [Annahl: 64] C'est pourquoi l'Envoyé d'Allah (P. et B. d'Allah sur Lui) a dit: «Certes, il m'a été révélé le Coran ainsi que son pareil» [1].

Il s'agit de la Sounna. Cette dernière lui a été également révélée comme le Coran, mais elle ne se récite pas comme le Coran. L'imam Achafi`î et d'autres imams ont arrivé à cette même déduction partant de plusieurs preuves qu'il n'y a pas lieu à mentionner.

Donc, vous devez d'abord chercher l'interprétation du Coran dans le Coran; et si vous ne trouvez pas, cherchez-la dans la Sounna, comme l'a dit l'Envoyé d'Allah (P. et B. d'Allah sur Lui) à Mouad quand il l'avait expédié au Yémen: «"A quoi référerez-vous dans vos jugements?". - "Au Livre d'Allah". - "Et si tu n'y trouves pas ce que tu cherches?". - "Je me référerai donc à la Sounna de l'Envoyé d'Allah". - "Et si tu n'y trouves pas ce que tu veux?". - "Je me référerai donc à mon opinion". L'Envoyé d'Allah (P. et B. d'Allah sur Lui) lui tapa alors sur la poitrine, en disant: "Que la louange soit à Allah qui a guidé le messager de l'Envoyé d'Allah à ce qui satisfait l'Envoyé d'Allah"» [2].

Et quand nous ne trouvons pas l'interprétation ni dans le Coran ni dans la Sounna, nous nous référons aux paroles des Compagnons qui en sont les mieux informés, car, ils ont assisté à la révélation du Coran, ont été exposé à certains événements, sont dotés d'une capacité parfaite de compréhension en plus d'une bonne érudition et sont les auteurs de tant d'œuvres pies, notamment les Oulémas et les éminents parmi eux, comme les quatre Califes bien-guidés et les imams guidés comme `Abd-Allah ibn Mass'oud.

Selon l'imam Abou Ja`far Muhammad ibn Jarir Attabari: Abou Kurayb nous a rapportés: Jabir ibn Nouh nous a informés, Al-'A`mach nous a informés d'après Abou Addoha, d'après Masrouq que `Abd-Allah ibn Mass'oud (qu'Allah soit satisfait de lui) avait dit: "Par Allah, l'Unique qui n'a point d'associé, aucun verset du Livre d'Allah n'a été révélé que je ne connais à l'intention de qui et où il avait été révélé. Si jamais je connais l'emplacement accessible de quelqu'un qui soit plus informé que moi sur le Livre d'Allah, j'aurais enfourché ma monture pour aller le trouver".

Al-'A`mach a également rapporté d'après Abou Wa'il que Ibn Mass'oud avait dit: "Quand l'un de nous apprenait dix versets coraniques, il ne les dépassait pas que quand il savait leurs sens et leurs enseignements".

Parmi eux aussi figure l'océan du savoir, `Abd-Allah ibn `Abbas, le cousin paternel de l'Envoyé d'Allah (P. et B. d'Allah sur Lui) et l'interprète du Coran, par la bénédiction de cette invocation faite par l'Envoyé d'Allah (P. et B. d'Allah sur Lui) à son intention: «O Seigneur! Faites qu'il soit calé en religion et apprenez-lui l'interprétation» [3].

Selon Ibn Jarir, Muhammad ibn Bachar nous a rapportés, Waki` nous a informés, Soufian nous a informés d'après Al-'A`mach, d'après Muslim, d'après Masrouq que `Abd-Allah ibn Mass'oud avait dit: «Certes oui, l'interprète du Coran est Ibn `Abbas».

Puis, il a rapporté d'après Yahya ibn Dawoud, d'après 'Ishaq Al-'Azraq, d'après Soufian, d'après Al-'A`mach, d'après Moslim ibn Subyh 'Abi Addoha, d'après Masrouq que Ibn Mass'oud avait dit: «Le meilleur interprète du Coran est Ibn `Abbas».

Puis, il a rapporté la même parole d'après Bindar, d'après Ja`far ibn `Awn, d'après Al-'A`mach.

Donc, il est bien confirmé selon cette chaîne de transmission authentique que Ibn Mass'oud avait qualifié ainsi Ibn `Abbas. Celui-là rendit le dernier soupir à peu près en l'an trente-trois de l'hégire; alors que Ibn `Abbas lui survécut de trente-six ans. Que pensez-vous donc de son érudition qui s'est approfondie de plus en plus après la mort d'Ibn Mass'oud ?

Al-'A`mach a rapporté d'après Abou Wa'il: `Ali a chargé `Abd-Allah ibn `Abbas de la direction de la saison du grand pélerinage. Celui-ci fit donc un sermon aux gens et lut la sourate d'Al-Baqara -ou selon une autre version celle d'Annour- et l'interpréta. Si les Roumains, les Turcs et les Daylms avaient entendu cette interprétation, ils auraient tous embrassés l'islam.

C'est pourquoi la plupart de ce que rapporte 'Ismail ibn `Abd-Arrahman Assadi Al-Kabir dans son exégèse, tient de ce qu'ont dit ces deux hommes: Ibn Mass'oud et Ibn `Abbas. Mais, quelquefois, il narre d'après eux les paroles des gens du Livre qu'ils rapportent et dont la narration est admise par l'Envoyé d'Allah (P. et B. d'Allah sur Lui) qui avait dit: «Transmettez ce que vous avez reçu de moi, fût-ce un verset (du Coran), et rapportez ce que vous savez des israélites sans rien craindre. Or, quiconque forge sciemment un mensonge à mon sujet, qu'il s'apprête à occuper sa place en Enfer» [4].

C'est pour cela que `Abd-Allah ibn `Amr qui a pris parmi le butin au jour de la bataille d'Al-Yarmouk la charge de deux chamelles des ouvrages des gens du Livre, en rapportait comme il avait compris que c'était permis d'après le hadith précédemment mentionné. Cependant, ces hadiths israélites se rapportent pour en tirer argument et non pour y croire. Ils sont de trois types :

Le premier est ce dont l'authenticité est prouvée conformément à ce que nous avons entre les mains.

Le second est ce dont la fausseté est assurée, car il contredit les preuves dont nous disposons.

Le troisième est ce qu'on passe sous silence et qui est ni de cette sorte ni de l'autre; et qu'on n'y croit pas, ni ne le dénie. Cependant, il est permis de le rapporter conformément à ce qui précède. La plupart des hadiths de ce type ne sont d'aucune utilité et ne traitent pas des affaires religieuses. C'est pourquoi, ceci fait souvent régner la discorde parmi les Oulémas des gens du Livre, ainsi que parmi les exégètes.

Citons à titre d'exemples quelques-uns de ces divergences: Les noms des gens de la caverne, la couleur de leur chien, leur nombre, le bâton de Moïse de quel genre de bois était-il fabriqué? Les espèces des oiseaux qu'Allah a revivifiés pour 'Ibrahim, la détermination de la partie de la vache avec laquelle le tué a été frappé, l'espèce de l'arbre sous lequel Allah s'est adressé à Moïse et autres choses qu'Allah n'a pas explicitées dans le Coran, comme elles ne sont d'aucune utilité pour les croyants ni dans leur vie temporelle ni dans leur religion.

Pourtant, il est permis de rapporter ces divergences, comme Allah le dit: {Ils diront: "ils étaient trois et le quatrième était leur chien". Et ils diront en conjecturant sur leur mystère qu'ils étaient cinq, le sixième étant leur chien et ils diront: "sept, le huitième étant leur chien". Dis: "Mon Seigneur connaît mieux leur nombre. Il n'en est que peu qui le savent". Ne discute à leur sujet que d'une façon apparente et ne consulte personne en ce qui les concerne} [Al-Kahf: 22].

Ce noble verset montre les bienséances à respecter à ce propos et la méthode à suivre en un tel cas. Allah, l'Exalté, y mentionne trois conjectures sur leur nombre, dont Il souligne la faiblesse de deux premières et passe sous silence la troisième, ce qui montre l'authenticité de cette dernière qui si elle était fausse, Allah l'aurait également niée comme les deux premières.

Puis, Il souligne que le fait de savoir leur nombre est sans profit, il faut donc dire à ce propos: {Dis: "Mon Seigneur connaît mieux leur nombre}. Ceci n'est point connu que d'un petit nombre de gens qu'Allah a informé, c'est pourquoi Allah dit: {Ne discute à leur sujet que d'une façon apparente} c'est-à-dire ne te t'afflige pas pour ce qui est inutile et ne leur pose pas des questions à ce sujet, car ils n'en savent rien et ne font que conjecturer sur le mystère.

Telle est la meilleure méthode à suivre face à de telles discordes: Assimiler toutes les paroles dites à propos du sujet de la divergence, distinguer les authentiques des fausses parmi elles, mettre en évidence le profit tiré de la divergence et de son fruit, pour mettre fin aux désaccords inutiles et se préoccuper à ce qui est plus important.

Mais, c'est faillible de rapporter un point de divergence sans puiser tout ce que disent les gens à son propos; car, il se peut qu'on a laissé tomber l'opinion la plus authentique. Il est aussi faillible de rapporter un désaccord en bloc sans mettre en exergue l'opinion la plus authentique. Si l'on rend exprès authentique ce qui ne l'est pas en vérité, on aura ainsi forgé sciemment un mensonge; et si l'on fait par ignorance, on aura ainsi commis un péché.

De même pour celui qui fait régner la discorde à ce qui est inutile et rapporte des paroles dites de plusieurs tournures, mais qui sont de sens identiques ou à peu près. Il fait ainsi perdre le temps et propage ce qui n'est pas vrai. Il est, en fait, comparable à celui qui est vêtu des habits faits de mensonge; et c'est Allah qui guide vers la droiture.

Donc, si vous ne trouvez pas l'interprétation ni dans le Coran, ni dans la Sounna, ni chez les Compagnons du Prophète, sachez que beaucoup des savants se sont référés à ce qui avaient légué les Suivants des Compagnons dont Mojahid ibn Jabr qui était très calé en interprétation, comme il l'avait dit Muhammad ibn 'Ishaq: 'Iban ibn Salih nous a informés que Mojahid avait dit: "J'ai lu trois fois le Coran en entier devant Ibn `Abbas; et à chaque verset, je fais une pause pour lui poser des questions sur lequel".

D'après la même chaîne des garants transmise par Attirmidhi: Al-Husayn ibn Mahdi Al-Basri nous a informés, `Abd-Arrazaq ibn Mu`amir nous a informés que Qatada avait dit: "Il n'y a aucun verset coranique que je n'avais entendu quelque chose à son propos".

D'après la même chaîne des garants, Ibn 'Abi `Omar nous a informés, Sufyan ibn `Oyayna nous a informés d'après Al-'A`mach que Mojahid avait dit: "Si j'avis lu le Coran suivant la lecture de Ibn Mass'oud (qui est beaucoup plus explicite), je n'aurais pas eu besoin de poser autant de questions sur les divers versets coraniques à Ibn `Abbas".

Selon ibn Jarir, Abou Kurayb nous a informés: Talq ibn Ghanam nous a informés d'après `Othman Al-Maki que Ibn 'Abi Mulayka avait dit: J'ai vu Mojahid, menu de ses planches, poser des questions à Ibn `Abbas sur l'interprétation du Coran. Et Ibn `Abbas de lui dire: "Mets cela par écrit"; jusqu'à ce que Mojahid lui eut posé des questions sur toute l'interprétation du Coran. C'est pourquoi Soufian Athawri disait: "Si l'interprétation du Coran te provient de Mojahid, fie-toi-en".

Référez-vous également pour interpréter le Coran aux: Saîd ibn Jobayr, `Ikrima (l'affranchi d'Ibn `Abbas), `Ata' ibn 'Abi Rabah, Al-Hasan Al-Basri, Masrouq ibn Al-'Agda`, Saîd ibn Al-Mossayb, Abou Al-`Alya, Arrabî` ibn 'Anas, Qatada, Addahak ibn Muzâhim ainsi qu'aux autres Suivants et leurs successeurs. Parfois, quand leurs interprétations d'un verset sont mentionnées, on remarque certains changements dans quelques termes; celui qui ne possède pas la science pense qu'il s'agit de divergences et les rapporte comme étant d'interprétations différentes. Il y a, en effet, parmi eux ceux qui expriment la chose en désignant son pareil ou son semblable, alors que d'autres expriment la chose en la citant identiquement. Mais, tous visent un même sens dans la plupart des endroits. Que le sensé s'aperçoive donc de cela". Et Allah est le Guide.

Selon Cho`ba ibn Al-Hajjaj et autres: Les propos recueillis d'après les Suivants dans la jurisprudence ne sont pas considérés comme argument, qu'en est-il donc de leurs propos sur l'interprétation du Coran? C'est-à-dire que leurs arguments ne réfutent pas ceux de leurs détracteurs; et c'est vrai. Mais, quand ils sont tous d'accord sur quelque chose, personne n'en doute qu'elle ne soit un argument massue. Au cas de leur désaccord, les arguments des uns ne réfutent pas les arguments des autres ou ceux de leurs successeurs. On se réfère, dans le dit cas, à la terminologie du Coran, de la Sounna, des Arabes en général et aux paroles des Compagnons.


Par Cheikh de l'islam Ahmad Ibn Taymiya;
Référence: Collections des Fatawa (Majmou` Al-Fatawa), Vol.13, page 363.

notesNOTES DE PAGE :

[1] : Hadith transmis en bref par Abou Dawoud dans la Sounna (4604) et par Attirmidhi dans la Science (2664) et par Ibn Majah dans l'Introduction.

[2] : Hadith transmis par Abou Dawoud dans les Contestations (3592, 3593) et par Attirmidhi dans les Jugements (1327 / 1328). Et il a dit: "Selon moi, sa chaîne de transmission n'est pas continue". Voir la faible chaîne (881). Ce hadith figure dans les Mosnad et les Sunan avec une bonne chaîne de transmission.

[3] : Hadith transmis en bref par Al-Boukhari dans les Ablutions (143).

[4] : Hadith transmis par Al-Boukhari dans les Hadiths des Prophètes (3461). (Transmis par Al-Boukhari d'après `Abd-Allah ibn `Amr).

 

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